Moi, le château dit d’eau.

A la une : Château d’eau de Monteaux, de type Hennebique.

Moi et mes camarades sommes plus de seize mille*, la tête bien pleine au plus près des nuages voyageurs, nos fûts plantés dans la terre de vos collines.  Seize mille au-dessus de vos champs, villes et villages avec vue sur l’infini, les jours et les nuits, les saisons, ces chauds et froids, ces pluies qui gercent nos voiles et acrotères. J’aime sentir le vent s’enrouler à en perdre la tête, les ombres du soir s’allonger sur mon grand corps doré par le soleil couchant, même si, avec l’âge, mon béton se dilate et se rétracte comme un grand cœur trop émotif. Souvent, je me prends pour un arbre solitaire, dont les racines cherchent la vie de la terre pour la laisser monter vers sa couronne, ivresse garantie. Pour peu qu’un oiseau vienne gazouiller en copain sur mon béret, je glougloute et je souffle des gouttelettes d’azur en mon for intérieur.

En ville je côtoie beffrois et clochers, sans que l’on puisse me sonner les cloches. Je suis devenu le phare de vos campagnes, le repère du rêveur solitaire, des égarés et du poète ailé.  Et depuis bientôt deux siècles, je travaille du chapeau pour vous abreuver en eau fraîche et saine. Je tiens mon nom des ‘castella’, ces ouvrages romains d’un autre millénaire, d’un peuple qui n’ignorait pas que la maîtrise de l’eau participait à son rayonnement.

Certains d’entre vous me trouvent raide et sans grâce, d’autres vantent mes proportions et mon port altier au design épuré, mais le plus grand nombre ne me voit plus… et m’abandonne comme un objet déchu. Question d’architecture, de point de vue, de recul et de lumière, sans doute. Qu’importe ma structure, en champignon, sablier, chanterelle ou encore de type Hennebique, je suis devenu patrimoine paysager car avant tout minéral comme cette eau qui séjourne en ma tête avant d’arriver, par la force de la gravité et à travers un réseau dont je ne suis qu’un humble maillon, dans votre foyer pour vous offrir la vie.

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La Richerie à Coulanges (41). Typologie en « bouchon de champagne ».

Billet et photos d’Isabel da Rocha.

*Inventaire quinquennal de l’équipement des collectivités rurales en alimentation en eau potable, effectué en 1995.

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