Un océan d’espoir

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Plage Riva Bella à Ouistreham ©JMGatey

Sur la plage normande, à Ouistreham, les premiers rayons de soleil du mois de février attirent les habitants le long de l’étendue sans fin, précieuse et calme. L’air est doux et le son des vagues qui viennent à nous, puis se retirent, apaise les esprits désireux de profiter de ce week-end ensoleillé. Reposante, inquiétante, changeante, cette mer ne nous laisse aucunement la possibilité d’entrevoir, depuis la plage, dans son ventre ses mystères.

Et pourtant, sur cette source pleine de vie reposent nos espoirs. Les océans représentent 72% de notre planète, or seulement 0,7% de l’eau sur terre est liquide et potable. Mon accès à l’eau dans cette ville balnéaire est privilégiée puisque 47% de la population mondiale n’a pas accès à de l’eau assainie. Cependant, comme 40% de la population mondiale, je vis près des côtes.

Suite à ce constat, les regards se tournent vers l’océan : cette eau, sur laquelle nous reposons aujourd’hui nos espoirs, saura-t-elle apaiser nos maux ?

Dessaler l’eau de mer pour diminuer les inégalités d’accès à l’eau potable dans le monde, c’est l’enjeu de ce pari. Un pari de prime abord réussi. 17 000 usines dans le monde s’activent à cette tâche quotidiennement. Les deux tiers des eaux traitées au cœur de ces usines sont issues de la mer et le dernier tiers provient des eaux saumâtres. Les eaux saumâtres sont des eaux souterraines qui lors de leurs parcours se sont chargées en sel.

Tout commence en 1850 avec la découverte du procédé de « l’osmose inverse » qui ne sera appliquée qu’en 1960 à l’eau de mer. En voici le fonctionnement :

  • L’eau de mer est puisée, traitée et débarrassée des éléments en suspension et des micros-organismes.
  • Une pression est exercée sur l’eau salée à travers une membrane semi-perméable qui ne laisse passer que les molécules d’eau fournissant ainsi une eau douce et potable, soustraite de son sel.

Plus tard, le « principe de la distillation » est mis en place ; en voici la méthode :

  • Par l’utilisation d’une chaudière ou des rayons solaires, l’eau est chauffée et s’évapore. Seuls restent le sel et les éléments de l’eau de mer.
  • Il s’agit alors de refroidir cette vapeur d’eau pour qu’elle redevienne liquide.

Aujourd’hui, ces deux procédés sont les plus commercialisés mais ils ne sont pas les seuls existants. Les méthodes de désalinisation de l’eau de mer sont classées selon deux catégories :

  • « Méthodes thermiques », c’est-à-dire les méthodes nécessitant un changement d’état de l’eau (gazeux, liquide).
  • « Méthodes membranaires », c’est à dire les méthodes de filtrations.

L’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, les États-Unis d’Amérique et l’Espagne sont les quatre pays qui traitent et consomment le plus d’eau de mer.

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Usine de dessalement en Arabie saoudite.

Ces usines fournissent une eau à 300 millions de personnes dans le monde. Dans certains pays connaissant un fort stress hydrique, jusqu’à 90% de la consommation peut être assurée par ces usines. C’est le cas notamment dans le Sultanat d’Oman dont 95% de l’eau consommée est issue de ce traitement. Aurions-nous trouvé la solution à ce problème humanitaire ?

Le succès est nuancé par les écologistes qui pointent du doigt les conséquences encore inconnues du rejet des eaux riches en sel et contenant des produits tels que le chlore dans la mer. Les répercussions sur l’écosystème marin ne sont pas encore connues et inquiètent. Autre crainte écologique : l’énergie utilisée par ces usines qui polluent plus qu’une station d’épuration. Pour pallier ce risque, des usines utilisant des énergies propres telles que le soleil ou la houle de la mer sont mises en place. Le secteur ne cesse de faire preuve d’ingéniosité pour trouver des solutions.

Le coût financier est aussi un critère qui nuance ce succès. Installer une usine de dessalinisation coûte cher et ne permet pas à tous les pays d’y avoir accès. Le coût de production est également très élevé car la quantité d’énergie nécessaire est trop importante en comparaison du volume d’eau produit. Cette solution n’est donc pas viable pour l’utilisation agricole. Les évolutions technologiques permettent peu à peu de baisser toujours ce coût.

La question de la désalinisation de l’eau de mer est l’affaire de tous. La sécheresse connue par l’Espagne en 2008, en plein cœur de l’Europe, confirme cette nécessité : en effet elle fut si importante que le pays s’est vu devoir importer l’eau de l’étranger. Suite à cet épisode, Barcelone inaugure en 2009 sa première usine de dessalement de l’eau. L’Espagne est aujourd’hui le quatrième pays à traiter l’eau de mer.

D’autre part, le réchauffement climatique rend chaque année la situation de nombreux pays plus difficile encore et laisse présager l’arrivée d’immigrés climatiques dans les années à venir. Il faut prendre conscience de notre accès privilégié à l’eau et prendre part à ce débat public. Ce sujet est l’affaire de tous, il est universel et c’est pourquoi il faut saluer des démarches telles que celle du designer italien Gabriele Diamanti. En 2011 il présente son Eliodomestico, un objet qui, par un principe d’évaporation, permet de fournir jusqu’à 5 litres d’eau par jour. Fonctionnant grâce au soleil et réalisé en matière peu chère, il est accessible à tous, et permet à un habitant d’une région ensoleillés de rendre leur eau de mer potable. Il a choisi de breveter son invention en open source, ce qui la rend abordable.

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Le dessanilisateur solidaire Eliodomestico ©G.Diamanti.

Et, si un jour, pour des motifs quelconques vous êtes bloqués sur une île, pas de panique ! Il existe une solution maison pour dessaler de l’eau de mer présentée ci-dessous ! Une bonne dégustation !

Article de Prescillia Hagnere.